Critique de Fiddler on the Roof - Un équilibre parfait entre tradition et transformation
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Jouée au Barbican, la production du Regent’s Park Open Air Theatre, lauréate d’un prix Olivier, a enfin un toit – mais avec des performances magistrales d’Adam Dannheisser, Lara Pulver et Hannah Bristow, et une chorégraphie palpitante de Julia Cheng, elle risque de tout faire sauter.
Un violoneux solitaire (Raphael Papo), perdu dans les mélodies de son fidèle instrument, joue dans un champ de cultures envahi par la végétation. La nature le griffe – désireuse de lui faire connaître sa place dans cet écosystème fragile – il se balance et respire au rythme des notes qui emplissent l’air. Comme dans un rêve, le champ de cultures s’élève, et il est suspendu en plein air. Le terrain est désormais le toit éponyme.
C’est une ouverture éthérée digne d’un conte de fées. Animée par le visionnaire scénographe Tom Scutt, la belle ouverture rend la destruction inévitable d’autant plus glaçante. Lorsque Tevye (Adam Dannheisser, nommé aux Oliviers) apparaît quelques minutes plus tard, il apporte le poids de la réalité auquel le violoneux, et la communauté, sont confrontés. Ils doivent gagner leur vie sans se casser le cou. Soudain, la scène majestueuse prend une nouvelle lumière – le lever rose du soleil est encore visible, mais il peut si facilement devenir plus sombre, d’un rouge sang. Le violoneux danse avec le danger, mais il danse tout de même. C’est un équilibre, et il semble avoir maîtrisé.
C’est là que Jordan Fein fait des comparaisons avec le violoneux, sa mise en scène de la sensation tant appréciée de Broadway, met parfaitement en valeur l’équilibre et est parfaitement équilibrée elle-même. Sans jamais basculer à un extrême ou à l’autre, sa production marche sur une ligne fine – jamais sentimentale, jamais amère. Cela évite la nostalgie et la politique ouverte. Bien que les parallèles modernes soient faciles à voir – surtout dans la scène où une foule russe attaque une célébration juive – Fein refuse d’utiliser sa scène comme tribune pour prêcher ou faire des conférences.
C’est joyeux. La chorégraphie de Julia Cheng est expressive, puissante et passionnée. Les danses d’ensemble – surtout lors du mariage et la fameuse « danse de la bouteille » – sont palpitantes à regarder. Les membres s’agitent alors que des hommes et des garçons sautent, s’accroupissent, tournent et rugissent. Ils passent le meilleur moment de leur vie, et le public qui regarde aussi. Énergique et enjoué, il y a ici de la liberté : de mouvement, d’esprit.
Il y a aussi un sentiment de liberté pour les protagonistes féminines. Les deux filles aînées des cinq de Tevye vont à l’encontre de la tradition et suivent leur cœur. Ils sont courageux et tiennent tête au patriarche, même lorsque cela semble être un rêve inaccessible. Dans le cas de Tzeitel (Natasha Jules Bernard) et Motel (Dan Wolff), c’est littéralement inaccessible. Dans l’une des nombreuses scènes marquantes, le couple est assis à une immense table si grande qu’ils peuvent physiquement se toucher – même lorsque Motel contorsionne son corps comme un numéro de cirque, les pieds glissant sous la table pour se rapprocher de son amour, de sa taille, plié en double au bord, s’étirant désespérément les bras – il n’arrive pas vraiment à atteindre sa copine. Le père, à contrecœur au début, autorise ses filles à se marier. C’est un triomphe pour l’amour et pour le féminisme. Ils ne sont pas vus comme des biens mais comme des personnes. Ils sont écoutés.
L’amour est également magnifiquement montré dans « Sunrise, Sunset ». Le grand auditorium ne brille qu’à la lumière des bougies – une lumière douce et intime pour une scène aussi pure. C’est un moment tendre qui montre les débuts tendres d’un amour jeune. Ce moment calme et réfléchi rend les événements à la fin du premier acte si inhumains.
Tevye d’Adam Dannheisser est attachant et magnétique. Il réussit les blagues de papa avec charme et apporte une véritable profondeur émotionnelle — aimant, fidèle et las, mais jamais caricatural. Il est complexe, pas une caricature comme les incarnations précédentes avaient tendance à le faire. Sa version de « If I Were A Rich Man » est un véritable moment fort, pleine d’humanité et d’humour.
Les trois filles aînées, Tzeitel, Hodel (Georgia Bruce) et Chava (Hannah Bristow), sont captivantes à regarder. Trio talentueux, leurs harmonies dans « Matchmaker » sont à couper le souffle. Les deux plus jeunes filles passent sans effort de l’innocence enfantine à la peur lorsque Tzeitel leur annonce qui sont probablement leurs correspondants. Yente, la marieuse (interprétée avec une lueur malicieuse dans les yeux par la nominée aux Oliviers, Beverley Klein), est elle aussi impitoyable dans ses opportunités. Quand l’un se plaint qu’un prétendant est chauve, on répond simplement « si tu veux des cheveux, épouse un singe »
Golde (UNE autre nominée aux Oliviers, Lara Pulver) incarne leur maman avec grâce, dévouement et détermination. Elle est discrètement puissante et domine la scène chaque fois qu’elle y monte. Son duo avec Tevye, « Do You Love Me ? », est touchant et profond.
Plus d’un demi-siècle après sa première, la liaison entre le public et Le violoniste sur le toit ne montre aucun signe de disparition. C’est un accord parfait – même Yente serait d’accord.
[Fiddler on the Roof](https://www.londontheatredirect.com/musical/fiddler-on-the-roof-tickets) joue au [Barbican](https://www.londontheatredirect.com/venue/barbican-london) jusqu’au 19 juillet 2025.