Critique de Roméo et Juliette : L’adaptation d’Icke qui fait défier le temps réinvente le classique
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(Updated on 2 Apr 2026)
Le Barde rencontre l’Effet Papillon dans la version de Robert Icke, qui déforme le temps, Roméo et Juliette.
La fascination de longue date d’Ickes pour le temps est au cœur de cette production. Une horloge numérique clignote sur les murs en béton, nous rappelant à quel point Roméo (Noah Jupe) et Juliette (Sadie Sink) ont peu de temps ensemble. Cela fait aussi avancer (et reculer le jeu). Lorsque l’horloge est projetée sur les murs en béton, les scènes sont réinitialisées, retravaillées et répétées, et de petits changements sont faits (un personnage trébuche, quelqu’un court dans une autre direction, un fêtard retient Juliette) ce qui permet au public de voir ce qui aurait pu être, et ce qui est. Cela souligne à quel point le destin peut être fragile et cruel.
Pour un texte vieux de 400 ans, il semble étonnamment vivant. L’adaptation déborde d’énergie et d’un sentiment d’improvisation, comme si tout pouvait changer. Et, alors que des moments clés sont rejoués devant nous, c’est le cas.
Surtout, cette production s’appuie sur la jeunesse de ses amants. Souvent joué avec une sincérité débordante, ici Roméo et Juliette sont exactement ce qu’ils sont : des adolescents. Maladroit, impulsif et dépassé. Leur amour n’est pas poli, il est maladroit, embarrassant et dévorant. Leur amour, ou désir, naît de l’obsession adolescente. Ils s’effondrent souvent sur le lit en plein milieu de leur confession, tellement absorbés par l’embarras de tout cela. Ils cachent leur visage, trébuchent maladroitement lors de leur premier baiser. Roméo n’est pas un Casanova facile à parler ; Il est maladroit et incertain de lui. Juliet le rencontre avec autant d’intensité que de gêne. C’est douloureusement reconnaissable : cette conviction adolescente que chaque rencontre avec son béguin, et chaque moment gênant, difficile ou douloureux, est une question de vie ou de mort. Et pour eux, c’est le cas.
Sadie Sink, connue de millions sous le nom de Max dans *Stranger Things*, se montre parfaitement à l’aise sur scène, ce qui n’est pas surprenant, étant donné qu’elle a commencé sa carrière à Broadway à seulement 10 ans. Ici, le nominé aux Tony Awards offre une performance captivante et complexe. Sa Juliette est drôle, brute, totalement sincère et profondément humaine. Elle est magnétique.
Face à elle, Noah Jupe incarne un Roméo sensible, frustré et désespérément amoureux. Fort d’une expérience shakespearienne (il a incarné Hamlet dans *Hamnet* de Chloé Zhao, nommé aux Oscars), il apporte à la fois intelligence émotionnelle et sens du timing comique au rôle. Ensemble, Sink et Jupe forment un couple parfait (tragique).
Loin du couple condamné, Kasper Hilton-Hille brille dans le rôle de (tout aussi condamné) Mercutio. Espiègle, dans les deux sens, sa performance déborde d’une énergie anarchique. Le meilleur ami bruyant de Roméo, Mercutio, refuse de prendre quoi que ce soit au sérieux, pas même la mort elle-même. Son discours « la peste sur vos deux maisons » est complètement retourné, livré avec une irrévérence nouvelle qui le fait paraître tout neuf. Il joue avec Tybalt, se moquant de lui en le traitant de « roi des chats », mimant gentiment des pattes et des griffes même dans des moments de supposée reddition. C’est inventif, surprenant et totalement captivant.
Ce qui frappe peut-être le plus, c’est à quel point cette production est drôle. Il y a une légèreté dans le texte, qui embrasse l’absurdité de l’amour jeune. Mais tout n’est pas joué pour faire rire, et l’humour, qui domine le premier acte, ne fait qu’approfondir l’impact émotionnel par la suite. Quand la tragédie frappe, elle frappe plus fort, non pas parce qu'elle touche deux figures sincères et angéliques (ce qui arrive souvent), mais parce qu'elle arrive à deux adolescents malchanceux qui sont tombés amoureux désespérément, obsessionnellement et sans espoir.
C’est un hommage à la production, que même avec cette horloge toujours présente en arrière-plan et une durée de 2 heures 50 minutes, cela ne paraît jamais long. En fait, vous vous surprenez à souhaiter que ce soit plus long. C’est une expérience que vous aimeriez pouvoir rejouer, rembobiner et revivre – tout comme ses scènes.
« Jamais il n’y a eu d’histoire plus malheureuse que celle de Juliette et de son Roméo », dit la célèbre phrase de fin, pourtant la production fraîche d’Icke l’a rendue encore plus déchirante. En nous rappelant comment de petits moments façonnent des vies entières, et en nous montrant ce qui aurait pu être, nous sommes encore plus dévastés face à la réalité qui nous est donnée. C’est brillant, et brutal.
[Roméo & Juliette](https://www.londontheatredirect.com/play/romeo-and-juliet-london-tickets) est joué au [Harold Pinter Theatre](https://www.londontheatredirect.com/venue/harold-pinter-theatre-london) jusqu’au 20 juin 2026.