CRITIQUE : Lady Day chez Emerson’s Bar & Grill
Published on 17 July 2017
Entrez dans le théâtre Wyndham’s et vous serez transporté en arrière dans le sud de Philadelphie de 1959. À l’avant des stalles et sur les côtés de la scène se trouvent des tables de cabaret où le public peut s’asseoir et s’imprégner de l’atmosphère de ce petit bar délabré. Et pourquoi sommes-nous tous réunis dans cette plongée ? Parce que l’artiste qui va monter sur scène est la légendaire Billie Holiday dans Lady Day au Bar & Grill d’Emerson
Située seulement quatre mois avant sa mort prématurée à seulement 44 ans, la pièce voit Holiday interpréter certains de ses numéros les plus connus, discuter avec le public de sa vie et révéler certaines des horreurs et tragédies qui lui sont arrivées.
Tout au long de la pièce, Holiday raconte au public des récits sur sa famille, sa vie personnelle et ses expériences de racisme. C’est une femme qui a connu les sommets d’être une artiste à succès et de donner des concerts complets au Carnegie Hall. Ces moments sont éclipsés par les bas de sa vie. Travaillant comme prostituée adolescente, séjours en prison et dépendance à l’alcool et à la drogue.
Tout cela est mis en lumière par l’utilisation de la musique de Holiday, utilisée avec grand effet pour mettre en valeur les thèmes et les émotions tout au long du film. Holiday raconte une histoire où on lui a demandé d’utiliser les entrées arrière des salles où elle jouait et sa rencontre avec un maître particulièrement raciste. Les histoires ont une poignance mais sont racontées avec beaucoup d’humour et de plaisir. Le public répond par des rires et se délecte des récits. Elle se termine ensuite par une interprétation de Strange Fruit, la chanson antiraciste emblématique de Holiday. L’effet est incroyablement puissant, intensifiant les paroles déjà vives.
Holiday est incarnée par Audra McDonald, six fois lauréate d’un Tony Award, qui ne propose pas une imitation de Holiday, mais une incarnation. Elle dégage un charme magnétique, veillant à ce que tous les regards soient braqués sur elle, avec une grâce naturelle. McDonald dresse l’image d’une véritable star, nuancée par les facettes tragiques qui ont finalement conduit à sa mort. McDonald est la star de Broadway record et primée.
Je suis entrée au théâtre sans connaître grand-chose à Billie Holiday ; Je connaissais sa réputation d’icône du jazz et je connaissais quelques-unes de ses chansons. Ce que la pièce de Laine Robertson a fait, c’est faire de Holiday une personne réelle, montrant ses défauts et son humanité, et cimenter sa réputation de légende. Voir cette pièce , c’est en présence de deux maîtres : McDonald et Holiday

By Harrison Fuller
Directeur de théâtre, écrivain, créateur.
